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INTERVIEW
Yann Delacour

L’artiste Yann Delacour est l’initiateur de l’Interface Art & Economie au Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprises (CJD). Cette interview est réalisée par Jérôme Lefèvre pour le magazine bimestriel Archistorm.


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Yann-Delacour-<i>Evolution-7<-i>-2004-140-x-80-cm-Courtesy-societe-Schirman-de-Beauce

Yann-Delacour-objectif-de-l-interface-Art-et-Economie-avec-le-Centre-des-Jeunes-Dirigeants-d-entreprise-2000-©-Yann-Delacour

Yann-Delacour-<i>Contact-zone<-i>-2000-Photo-80-x-60-cm-©-Yann-Delacour

Yann-Delacour-<i>Sans-titre<-i>-2002-Photo-80-x-80-cm-©-Yann-Delacour

Yann-Delacour-Preuve-legale-du-projet-d-OPA-artistique-au-sein-du-CJD-d-apres-une-camera-de-video-surveillance-placee-sur-l-artiste-durant-la-reunion-de-travail-en-janvier-2005-Photo-2005-80-x-40-cm-©-Yann-Delacour

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Interview
Par Jérôme Lefèvre pour le magazine bimestriel Archistorm

Jérôme Lefèvre. Existe-t-il déjà des entreprises mécènes au sein du CJD ?
Yann Delacour.Je ne suis pas sûr que l’on puisse encore à proprement parler d’« entreprises mécènes » aujourd’hui. Ce terme nous emmène d’emblée vers une relation biaisée entre art et puissance financière. Nous parlons alors bien d’un rapport de force explicitant l’idée d’un faible et d’un plus fort. Y a-t-il « mécénat
d’entreprise » là où il y a par la suite campagne de communication d’une manière ou d’une autre ? Le terme « mécène » s’emploie en réalité dans le champ de la négociation économique dans une stratégie de séduction faisant échos à d’autres temps.
Le phénomène de globalisation nous concerne tous. De nombreux artistes s’intéressent au domaine de l’économie et de l’entreprise depuis des décennies. Je pense directement à Fabrice Hyber et son entreprise artistique UR en 1994, mais nous pouvons remonter jusqu’en 1970 où Bernar Venet montrait pour l’exposition « Information » au Museum of Modern Art de New York Stock Market : un téléviseur était allumé uniquement lors de la diffusion en temps réel d’une émission sur les fluctuations des cours de la bourse. Les artistes ont depuis investi le champs de l’économie, du marketing et de la communication. Les transversalités, infiltrations, résistances et parasitages entre art et économie sont multiples. Les deux univers ont parfaitement compris l’intérêt de travailler ensemble en trouvant des positions plus ou moins bien assumées.
Pour vous répondre précisément : des sections du CJD manifestent effectivement de l’intérêt pour la culture et l’expérimentation artistique, et voient un terrain fertile à l’innovation dans l’art contemporain. Cette disposition unique est directement liée à la stratégie du réseau qui conçoit l’évolution de l’entreprise d’aujourd’hui et de demain à travers ce que les dirigeants du CJD appellent la « performance globale », terme assez inquiétant à discuter aussi bien sûr.
Je peux déjà citer cependant la société Schirman-de Beaucé qui se crée actuellement avec le soutien du CJD et de l’Interface Art & Économie, et qui va développer une activité d’édition d’œuvres d’art en multiples. Une sélection d’artistes très intéressante réalisée avec le soutien de Didier Semin est déjà en train de se constituer avec de jeunes artistes diplômés de l’Ensba comme Nicolas Buffe, Isabelle Ferreira et Emmanuel Régent, le collectif qubo gas sorti du Fresnoy ou Frédéric Pradeau venant des Beaux-Arts de Bordeaux.
L’Interface Art & Économie veut être une zone de convergence permettant précisément à ce type de structures de venir se connecter au CJD. Ce qui, bien sûr, permettra à terme de développer le soutien et la production de jeunes artistes émergents. Le CJD apporte son expérience et ses conseils pour que l’entreprise puisse se développer sur des bases économiques plus solides. On comprend bien dans ce cas le type d’alliance pouvant être générée.

Qu’est-ce que l’Interface art & économie ?
Depuis 2000, je développe un travail photographique intitulé « Evolution ». Il se compose de différentes séries qui mettent en scène la même figurine Playmobil, le soldat nordiste de la Guerre de Sécession. Le projet repose sur une tractation inédite avec la filière française du groupe: à chaque exposition, des « yankees » supplémentaires me sont livrés gratuitement, et viennent ainsi grossir mon stock. Suivant une telle logique de la multiplication, j’ai également décidé d’agrandir mes formats photographiques à chaque nouvelle livraison. Aujourd’hui, je dispose d’une armée miniature de 8500 personnages et mes formats photographiques font 150 x 170 cm. J’appelle cette zone de frottement entre art et économie : « zone de contact ».
J’ai décidé par la suite de penser un environnement plus large qui permette de démultiplier ces zones de contact : il s’agit de créer une sorte de multiprise entre la sphère de l’économie et celle de l’art. C’est ainsi que j’ai créé en 2004 une cellule avec le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise : l’Interface art & économie. Elle a pour fonction de mettre en réseau ouvert les 2700 chefs d’entreprise de l’association avec l’ensemble des acteurs de l’art contemporain : les artistes bien sûr, mais aussi les galeries d’art, les institutions, les universités. L’idée principale est de placer l’artiste, s’il le souhaite, au cœur d’une réalité économique et sociale et de travailler sur cette matière qu’est l’entreprise.
Ce projet n’était possible qu’en collaboration avec des dirigeants organisés en réseau et soucieux de leur environnement professionnel en matière de dialogue social, mais aussi en matière d’environnement et de culture. C’est ce qu’ils appellent l’« objectif d’une performance globale ». Et bien sûr, j’ai été là pour leur dire qu’à travers leur vision, nous avions nécessairement une place importante à prendre.

Qu’est-ce qu’une OPA artistique ?
Une OPA artistique est une première procédure d’acquisition artistique d’un territoire privé ou public désigné par l’artiste qui fait connaître publiquement aux responsables du territoire une intention d’investigation. J’ai élaboré ce concept en septembre 2002 en collaboration avec le responsable des Marchés et Capitaux de BNP-Paribas de Paris, Eric Malinvaud, et avec le soutien du Centre d’Art contemporain Georges Pompidou de Cajarc qui l’a édité.
J’ai poursuivi ce travail avec le CJD qui permet de projeter l’artiste au cœur d’une réalité économique et politique. Lancer une OPAA sur le CJD, c’est permettre un rapprochement de l’artiste vers le monde des PME en se jouant des codes des grandes entreprises cotées en bourse. C’est une image inversée et complètement détournée d’une OPA. C’est un geste qui désigne un terrain de jeu.

Le terme d’OPAA n’est-il pas légèrement effrayant pour les entrepreneurs ?

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