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INTERVIEW
Laurence Bossé et Hans Ulrich Obrist

Tous deux commissaires au Musée d’Art moderne de la ville de Paris, Laurence Bossé et Hans Ulrich Obrist s’expriment sur leur rôle de «catalyseur», de «commis d’artistes». Qui exposer et comment valoriser les jeunes artistes émergents en France? Des choix non évidents...


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Kota-Ezawa-<i>The-Simpson-Verdict<-i>-2002-2-44-Courtesy-Haines-Gallery-San-Francisco

Sammy-Stein-<i>La-Fille-a-six-bras<-i>-2004-Sticker-©-Sammy-Stein

Davide-Balula-<i>Un-air-de-fete<-i>-2004-Installation-Courtesy-Arc-Paris-et-Lappareilcom-©-Davide-Balula-Lappareilcom

Jean-Louis-Elzeard-<i>Quatre-moments-du-ciel<-i>-(detail)-2002-Cibachrome-Courtesy-Arc-Paris-©-Jean-Louis-Elzeard

R-Sie(n)-<i>I-ve-heard-about-©-(a-flat-fat-growing-urban-experiment)<-i>-2005-Sculpture-Courtesy-Arc-Paris

R-Sie(n)-<i>I-ve-heard-about-©-(a-flat-fat-growing-urban-experiment)-Hypnosis-Chamber<-i>-2005-Installation-Courtesy-Arc-Paris

  
Interview
Par Aude de Bourbon

Qu’est-ce qui vous attire dans le métier de commissaire?
Laurence Bossé. La programmation, la conception et l’organisation d’expositions est l’activité majeure et la plus passionnante qui m’est impartie au musée à côtés d’autres telles que l’enrichissement des collections ou relevant de l’administration. L’exposition est le fruit d’une délicate alchimie entre l’artiste, le commissaire et le public. Sa mise en place s’avère un moment pri
ilégié pour pénétrer et comprendre l’œuvre et la démarche des artistes et s’appuie sur une nécessaire complicité entre artiste et commissaire. C’est naturellement une excellente occasion pour faire des propositions d’acquisitions qui iront enrichir la collection du musée.
Hans Ulrich Obrist. L’exposition suscite une réelle fascination car c’est une constellation éphémère qui, comme le dit Dominique Gonzalez-Foerster, ouvre des possibilités pour des expériences extraordinaires, un des espaces où dans notre société des expérimentations restent possibles et nécessaires.

Plutôt que commissaire, vous avez préféré reprendre l’expression de Suzanne Pagé, «commis d’artiste» offrant la possibilité de produire et d’exposer dans les meilleures conditions. Au contraire d’autres commissaires perçoivent leur rôle comme celui d’un auteur.
H-U.O. Je suis d’accord avec la définition de catalyseur. Le commissaire dialogue énormément avec l’artiste et de ce dialogue naît l’exposition. L’art d’exposer est un des grands fils rouges du XXème siècle. De Marcel Duchamp à Richard Hamilton, des artistes ont créé des dispositifs spécifiques. Et souvent l’exposition devient l’œuvre. Par rapport à cela, le rôle du commissaire est d’être un déclencheur, un organisateur aussi. Un autre aspect important : nous ne pouvons guère comprendre les forces qui sont effectives dans les arts visuels si nous ne regardons pas les autres champs de savoir. Il s’agit donc souvent de jeter des ponts. Quand Steve McQueen a fait son exposition, il a fallu créer un lien avec la NASA ; dans le cadre de l’exposition de Philippe Parreno, Alien Season, le musée a établi le contact avec Jaron Lanier que Parreno voulait rencontrer depuis longtemps. Dans le cadre de Rirkrit Tiravanija, Tomorrow is another fine day, ce fut avec Bruce Sterling, auteur de science-fiction. Pour l’exposition de Olafur Eliasson, l’artiste a choisi de travailler avec le scientifique Luc Steels et l’urbaniste Yona Friedman. Dans les expositions collectives, le rôle du commissaire est évidemment différent mais l’implications des artistes est aussi importante.

Pourtant, un commissaire va choisir une thématique d’exposition collective ou va décider de présenter tel artiste en fonction d’une actualité ou de ses propres centres d’intérêt. Il devient alors créateur d’expositions, et la mise en espace des œuvres révélera ses opinions.
L.B. Il existe effectivement une certaine différence entre l’élaboration d’une exposition monographique et celle d’une exposition collective. Dans le premier cas ; l’artiste aujourd’hui est dès le départ impliqué dans l’invention du concept de l’exposition à travers un dialogue permanent avec le commissaire articulant un choix d’œuvres prenant en compte le contexte du lieu, et l’état de sa démarche.
Dans le deuxième cas le ou les commissaires sont amenés à définir une thématique ou plus généralement un «fil rouge» pertinent qui permette de mettre en évidence les questions, le domaine de réflexion sous-jacents à des productions artistiques multiples.
H-U.O. Dans le cas d’une monographie, l’artiste pense l’exposition comme un médium et comme une œuvre. Ainsi Anri Sala a collaboré avec des experts en technologie digitale pour créer une certaine atmosphère lumineuse dans l’espace, entre chien et loup, pendant toute la journée.

En abordant l’exposition, non pas comme un espace de monstration mais comme une œuvre, vous transcendez les travaux exposés.
H-U.O. C’est le grand challenge de toutes les expositions monographiques qui deviennent des expériences extraordinaires prenant tout l’espace. L’espace très chargé d’histoire d’exposition de l’ARC, qui va ré-ouvrir en janvier 2006, poussait les artistes à se surpasser pour dépasser les propositions initiales précédentes. Cette valeur symbolique de l’espace est clef. Il ne s’agit pas de faire une exposition d’un artiste à Paris mais de faire l’exposition la plus marquante de cet artiste pour le temps qui vient.
L.B. Il faut se garder le plus longtemps possible avant l’inauguration de geler une proposition et maintenir une permanente capacité de remis en cause immédiate. Cet état d’incertitude rend ces brefs moments passionnants.

Comment choisissez-vous l’artiste autour duquel vous allez monter une exposition?
H-U.O. Prenons l’exemple de François Roche. Il nous a intéressés en tant qu’architecte européen le plus fascinant de sa génération. Il est déjà très connu des spécialistes, mais pas encore du grand public. Timing is everything. Une exposition monographique doit arriver au moment juste.
L.B. Le choix des artistes s’inscrit aussi dans le temps. C’est par une attention permanente à l’évolution d’un travail que s’impose à un moment donné, au commissaire, la nécessité de le présenter, la production artistique ne répondant pas à un principe de linéarité.

Pourquoi avoir choisi de présenter des projets non réalisés d’un architecte, François Roche, et de quelle manière avez-vous mis en place cette exposition?
H-U.O. Nous avons cette conviction que, si nous voulons comprendre ce qui se passe dans l’art moderne et contemporain, il est nécessaire de regarder ce qui se passe dans les autres disciplines. La pratique de François Roche est fascinante et il y a beaucoup de liens avec les artistes comme P. Parreno, P. Huyghe, X.

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