bras d’un gorille.
Messieurs les Volontaristes est un cercueil que l’artiste dessine dans l’espace à une échelle monumentale, 18 sur 7 mètres, à l’aide de tubes de métal qui matérialisent ses seules arêtes. La figure du cercueil suggère évidemment celle du corps mort, mais aussi celle de la fin des utopies dans l’ère du libéralisme triomphant créateur d’un nouvel ordre mondial abandonné à l ‘économie. Dans ses premières intentions, le cercueil a été pensé comme l’habitacle funéraire de l’une des pièces les plus importantes d’Adel Abdessemed, Habibi.
Pour son exposition au Magasin, Adel Abdessemed souligne sans artifice l’identité du lieu, une ancienne usine, en recouvrant l’ensemble des murs de son espace central avec du papier kraft d’emballage. En pendant, Also sprach Allah montre un dessin et une vidéo qui documente sa production. L’action filmée de l’artiste sur un tapis qui écrit cette phrase pendant qu’il est projeté dans les airs par une dizaine de personnes débouche sur la production et la présentation de ce texte dessiné. L’objet tapis qu’il présente est de l’ordre du passage, du transit d’un point à un autre sans avoir de point d’origine clairement identifié. Il est comme l’avion ou le bateau des voyages qui désoriginent les points cardinaux de leurs parcours.
Also sprach Allah ou l’étoile en résine de Elle est cela font table rase des différents systèmes de représentation du monde qu’elles démystifient. L’étoile de Elle est cela trace pour différencier. A l’instar du vampire, chanteur d’opéra de la vidéo Trust Me dont la partition, traçage géographique, enchaîne très rapidement quelques lignes mélodiques compressées de 7 hymnes nationaux (Russie, Angleterre, USA, Allemagne, Algérie, Brésil, France et Internationale).
Toutes les notions évoquées se recoupent, s’entrecroisent, se tressent en un ensemble où faire le point devient impossible. Même si chacune des parties de la tresse est identifiable et repérable dans son parcours au point de jeter les bases d’une possible construction de sens, le tout se retourne comme un gant en une perte du dessin d’origine. Telle mère, tel fils, l’œuvre la plus importante de l’exposition, de plus de vingt mètres de longueur, tresse les fuselages reconstruits de trois avions dont les cockpits et les queues d’origine ont été conservées.
Ce nœud d’avions, de véhicules de voyages d’un point de départ à un point de retour, signifie bien la perte d’origine que porte la globalisation. Il rend aussi explicitement hommage à un autre mode de productivité que Adel Abdessemed identifie à la figure de sa mère, à sa capacité créative à rassasier ses enfants quel que puisse être le niveau de vie du moment du groupe familial, et quels que puissent être les matériaux et les outils disponibles. Le point natif d’origine serait ainsi opposé à la perte que porte la mondialisation.
A l'occasion de Drawing for Human Park, le Magasin publie un livre qui réunit un ensemble de textes théoriques et critiques sur le travail d'Adel Abdessemed. Parallèlement à l'exposition, parution d'une monographie consacrée à Adel Abdessemed, Power to act. Le texte de Larys Frogier analyse en détail chacune des œuvres produites par l’artiste entre 1994 et 2008, revisitant des liens (in)attendus avec l’histoire, l’art – art minimal, performance, art féministe… – et met à l’épreuve certaines théories de l’art après le modernisme.