s’en prend à tout instrument de mystification, sont logiquement convoquées toute les figures mythiques et mystiques: dans le parnasse de la peopolisation, Dieu et Mickey sont interchangeables (Taroop & Glabel, Stéphane Steiner).
La condition de finitude qui nous caractérise et qui relativise tout esprit de sérieux ouvre naturellement un champ spéculatif sans limites. C’est sans doute ici que l’humour intervient le plus ouvertement. Les dieux qui figurent la destinée humaine prennent chez Philippe Favier la forme traditionnelle de petits squelettes s’employant à des activités futiles, telles de minuscules vanités quotidiennes.
Les artistes savent user du cliché. Celui du chef humain décharné traverse tous les âges, toutes les civilisations. La tradition des crânes surmodelés, des danses macabres, des vanités, se retrouve dans l’art des pays nordiques, que ce soit - pour ne citer qu’eux - dans les toiles de Magnus Enckell, les gravures d’Hugo Simberg ou les scènes satyriques de James Ensor. Mais n’oublions pas que le crâne encore terreux de Yorick est celui d’un bouffon.
L’installation majeure d’Erik Dietman peut s’inscrire dans cette lignée. Son titre est à lui seul une oeuvre à part entière: l’art mol et raide ou l’épilepsisme-sismographe pour têtes épilées: mini male head coiffée du grand mal laid comme une aide minimale (1985-86). S’il s’agit bien d’un gigantesque et drolatique memento mori, nous revenons là aux sources ancestrales de la sculpture et, dans le même temps à celles de l’art contemporain (le ready made). Le titre révèle une charge contre la doxa minimaliste. Nous pouvons voir dans ces mâchoires disjointes comme autant de sourires ou de rires sardoniques à l’encontre du dessin d’un simple rectangle, vers lequel toutes ces orbites sont tournées. Mais dans le même temps, les formes géométriques dont sont coiffés les crânes peuvent être interprétées comme un clin d’oeil à la rigueur des pionniers modernistes et l’empilement des éléments comme un hommage à Constantin Brancusi (qui fut un modèle fondateur pour les minimalistes).
À cela vient s’ajouter la dimension essentielle du grotesque. Car pour Erik Dietman l’activité du sculpteur aurait pu se résumer ainsi: triturer de petits bouts de glaise, jusqu’à approcher vaguement l’évocation de la figure, et les couler dans le bronze en attendant la mort.
Au-delà des sujets futiles et majeurs qu’ils abordent, le medium étant intrinsèquement lié au sens, les artistes ne cessent de mener une réflexion critique sur les moyens et les outils qu’ils utilisent.
Là encore une démystification salutaire est à l’oeuvre. Ce qui est patent chez Dietman à propos de la sculpture l’est aussi chez Helen Chadwick, dont les fleurs de bronze naissent d’une activité triviale et futile, (pisser dans la neige) et d’un matériau inconsistant. De cet acte accompli avec son compagnon naissent des formes mâles et femelles inversées.
Jeu sur la fusion et sur l’effusion. Avec "Dossier confidentiel", François Morellet élève la peinture au rang de l’orthopédie. Le tableau - formalisme, géométrie et anatomie obligent - adopte la position assise.
Son homologue, tant pour le talent pictural que pour l’humour, Sigmar Polke semble préférer la position couchée. Son tableau-manifeste proclame: un tableau ne devrait jamais être plus grand qu’un lit (précepte qu’il s’empresse de transgresser dans l’ensemble de son oeuvre). Sans doute pouvons-nous y voir une référence au fameux lit de Rauschenberg (1955), mais tout en s’érigeant en icône sur le mur, sa toile (à matelas) étale sans vergogne ses épanchements libidineux. Avec Suspicious River nous sommes encore dans le fluide.
Françoise Quardon nous propose une inversion du mythe de Danaé et transforme la pluie d’or en golden shower. Enfin, la musique elle-même n’est pas épargnée. Philippe Cazal emprunte à la forme opéra, avec tout le sérieux artistique et technique que cela comporte, pour décliner un contenu ouvertement pornographique. On ne peut rendre un hommage plus appuyé à cette tradition qui mêle généralement le sordide de la trame dramatique au sublime de la composition musicale. Mais surtout, il nous fait éprouver une fois de plus tout ce que l’émission de la voix humaine peut avoir de sensuel et d’organique.
Enfin, au cours d’une performance vidéographiée, Antoine Renard s’efforce de moduler un son en jugulant un instrument outré qui apparaît comme une monstrueuse excroissance. On l’aura compris, si l’ensemble des oeuvres ici présentées s’en prennent à l’autorité, c’est celle des mythes, et au premier chef, ceux dont on affuble les différentes formes canoniques de l’activité artistique.
De l’impertinence se veut comme une exposition d’été,