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AGENDA | ART
Kader Attia
Mythes et poésie du vide
Vernissage le 17 mai 2008
Paris. Galerie Anne de Villepoix
Kader Attia présente une série de recherches sur la notion de l’engagement politique à travers l'art, à la lumière de l'obscurantisme dont font preuve certains gouvernements, et à travers la notion de vide. Abreuvée par la poésie, son oeuvre n'en oublie pas moins sa portée éminemment politique. 


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Communiqué de presse
Kader Attia
Mythes et poésie du vide

A l’occasion de mon exposition à la Galerie Anne de Villepoix, je présente une série d'oeuvres qui illustrent mes recherches sur la notion de l’engagement politique à travers l'art.

Malgré un intérêt à l'égard des questions politiques dans l’art, mon travail tend à s’acheminer vers un regard plus critique sur la légitimité d’une telle démarche. En effet, plus j’investis ces questions, plus les limites du discours politique dans  l’œuvre d’art m’apparaissent évidentes. Elles me semblent à la frontière de l’incontournable pragmatisme de la réalité sociale.

Trop souvent contenues dans leur forme, les velléités militantes de l’art engagé peinent à sensibiliser durablement la société sur ses dysfonctionnements. Même si pour certains, informer le public sur le monde dans lequel ils se meuvent, à travers l’art, est déjà une vertu suffisante de l’art engagé. Mais n’est-ce pas plutôt une forme hybride du journalisme ? En fait, il semble que l’art, comme d’autres activités humaines, soit à l’image de la société. Dans notre monde des "mass medias" où une information chasse l’autre, la lecture de ce qui nous en est transmis ne se fait jamais au futur. Tout est vécu dans l’instant. “Nous avons tué le futur”, nous dit Edgar Morin.

Depuis quelques décennies, et particulièrement depuis le 11 septembre, quelle que soit leur religion, leur culture ou leur race, les peuples se préoccupent plus que jamais du passé. Les gouvernements musulmans, juifs et chrétiens se tournent vers le passé pour légitimer leurs actes présents. L’exemple le plus récent de ce retour au passé est celui des Républicains conservateurs aux Etats-Unis, qui souhaitent que le Créationnisme soit à nouveau la référence à l‘école, pour expliquer la vie.
Ils considèrent que Charles Darwin et ses théories sur l'origine des espèces sont blasphématoires.

La fin des idéologies ; le communisme tel qu’il a été pendant presque un siècle et les failles du système capitaliste, aussi bien sociales qu’environnementales, sont à l’origine d’une perte de confiance en la "promesse d'un avenir meilleur". Cela se traduit par un vide dans notre désir de se projeter dans le futur.

Dans l’installation Ghost (moulages de forme humaine vides en papier aluminium), le référent politique du vide (son “histoire”, pour reprendre un terme cher à Foucault) coexiste avec sa forme poétique.
Cette notion du vide s’exprime de façon spatio-temporelle : elle existe dans l’espace contenu par l’oeuvre et contenant celle-ci. En outre, cette notion du vide existe aussi dans le temps. Celle-ci est liée à la fragilité du matériau, le papier aluminium. J’ai utilisé ce médium pour donner á voir et à penser la notion éphémère de cette oeuvre comme une rupture dans le temps. Une faille temporelle qui est une métaphore d'un autre vide, un vide temporel. L’oeuvre "Ghost" est une synthèse de ma réflexion sur l’existence d’une frontière entre l’art politique et la réalité quotidienne.

Dans les années 1950, la France est en pleine période de décolonisation. La réalité de ce contexte sociopolitique agité, peu après la seconde guerre mondiale, a amené certains artistes à se poser les questions du vide et du plein. Certains ont rempli des espaces d’art (Arman,"le plein" en 1960), d’autres ont décidé de les vider (Yves Klein, l’exposition dite "du vide" en 1958). Comme l’écrit mon amie l’historienne d’art Nuit Banai : “dans un contexte français, si on pense à l'utilisation du vide dans l'oeuvre de Klein comme une manière de révéler la crise historique et de l'éviter en même temps, le vide était tout d’abord une façon de penser l'identité publique dans la période du vide politique entre la 4ème et la 5ème République, dans laquelle l'exposition de Klein a eu lieu, et par ailleurs, de penser les limites de la représentation de l'altérité dans le contexte de la guerre d'Algérie.”

Tous les soirs, lorsque je quitte mon atelier à la limite de la banlieue parisienne, et me rends à pied au métro Stalingrad, je passe beaucoup de temps à regarder un attroupement de gens qui attendent alignés devant un camion, d’où ils peuvent recevoir de la nourriture gratuitement. Ils reçoivent en général une brique de lait, du beurre, du riz et un paquet de sucre. Ils attendent en groupe, serrés les uns contre les autres dans le froid, en tenant des vieux sacs plastiques vides. Certains de ces sacs ont toujours la forme des aliments qu’ils ont contenu auparavant. Ces formes vides sont le témoignage le plus juste et le plus

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