Communiqué de presse
Kenneth Alfred, Jérôme Boutterin, Guillaume Mary, Catherine Geoffray, Juliette Jouannais, Marie Ducaté, Viviana Blanco, Christiane Durand, Claudie Floutier, Eric Corne, Marie-Hélène Fabra, Tomas Espina, Frédéric Clavère
Visions
«Visions» rassemble trois expositions à la fois différentes et complémentaires. Elle présente des artistes qui par-delà ou plutôt avec leurs différences participent des multiples significations que ce mot peut recouvrir.
«Visions» comme manière de voir ou de concevoir concerne tout particulièrement les deux artistes présentés au Musée Baron Martin à Gray : Kenneth Alfred et Jérôme Boutterin.
S’ils entretiennent tous les deux une relation au paysage, celui-ci est plus un déclencheur que le sujet central du tableau. Comme si, se nourrissant du monde, ils devaient s’en détacher, en quelque sorte s’en abstraire pour donner vie à la peinture. Celle-ci relève ici d’un jeu de correspondances qui fait subrepticement évoluer le paysage du statut de sujet à celui de motif. Motif qui progressivement est absorbé par le jeu même de la peinture, sa lumière, sa couleur, ses gestes et lignes qui organisent cet espace singulier et irréductible à notre environnement qu’est le tableau.
Chez Kenneth Alfred, on est face à un scintillement qui dissout le visible dans les rets du trait et de la couleur. Dans les entrelacs de cet espace, la mémoire des lieux et des choses se fait partition et composition. Sa peinture évoque sans jamais décrire. Jérôme Boutterin revendique cette expérience singulière qui fait que la peinture n’est tout entière préoccupée que d’elle-même et que c’est de cette position qu’elle peut dialoguer avec le monde. Que cette présence aujourd’hui passe par une ritualisation de ses procédés, une intelligence et expérimentation de ses outils et de ses modes opératoires ; en multipliant les angles d’approche et la vitesse de croisière.
Elle est encore présente chez les trois peintres qui occupent les cimaises de l’école d’art de Belfort. Guillaume Mary en passe par une simplification formelle et chromatique délibérée comme s’il recherchait dans le paysage et les choses le squelette, la charpente. Le trait qui configure ses «structures» sont dans des camaïeux sourds qui démentent le réalisme de la vision et affirment l’ambiguïté du perçu.
Catherine Geoffray part d’un paysage qui fonctionne comme un cliché, «Remember impressions au soleil…». Sa barque rappelle la Grande jatte ou les plans d’eau de Giverny, les buvettes des bords de seine. Elle est traitée sur le mode d’un pointillisme aux couleurs pop, riche des artefacts qui nous font passer du vinyle à l’univers pixellisé de la télévision. Ici le jeu de la touche et du gros plan se donne comme l’équivalent de la pixellisation et nous fait quitter les rives du réel pour nous emporter dans les méandres du pixel : il produit de l’abstrait avec du concret. Les compositions florales ou marines de Juliette Jouannais usent de la polychromie pour in-définir l’identité des formes dans le chatoiement des couleurs et l’entrelacs des lignes. Leur revers au contraire, par la monochromie, affirme les contours, la forme et le plan.
Quand on arrive vers les rives du 19 et du musée Beurnier-Rossel à Montbéliard, il faut entendre «Visions» au sens de perceptions imaginaires qui en quelque sorte hallucinent le réel. Elles le recomposent dans les arcanes de l’onirique, du grotesque et du merveilleux et jusqu’à ouvrir les portes
de l’inquiétante étrangeté, des territoires obscurs que nous affleurons, voire du monstrueux que l’on peut entrevoir. Non que le réel ne s’absente pour laisser place au surnaturel. Disons qu’il se réincarne dans un espace relevant de l’élégiaque et du paradisiaque. L’exposition propose un cheminement qui va du paradis à l’enfer, du rêve au cauchemar et du merveilleux au monstrueux.
Il y a chez Marie Ducaté un art de réinventer allégrement le monde, de le dépeindre comme le paradis de la perception. Il y a ainsi ces paysages mythologiques fondateurs qui semblent pouvoir associer le début et la fin, la violence inaugurale et la sérénité de l’Eden comme les muraux de
Viviana Blanco. Dans ses dessins, les contrastes du noir et blanc sont mis à profit pour tendre vers un univers très dessiné mais sans réalisme ni valeur descriptive. La tension est produite par le jeu des lignes et des hachures qui structurent le décor de la « scène ». L’inclusion de figures animales définies par leur masse et leurs contours, sans expression d’un sentiment ou d’un « caractère » donne un aspect archétypal, sans fonction mimétique et sans psychologisme. Ils acquièrent ainsi une ambiguïté signifiante qui les place sur un fil instable, entre annonciation et évocation. On ne sait