Communiqué de presse
Peter Coffin
Une rencontre avec Peter Coffin
Je rencontre Peter Coffin pour la première fois, ayant laissé derrière moi une rue de Flatbush, à Brooklyn, lointain quartier caractérisé par d’horribles immeubles aux façades clinquantes, entourés d’une ceinture de garages et de petits entrepôts. Nous sommes assis dans l’atelier de l’artiste, sous une verrière et au milieu d’un beau capharnaüm, encerclés par des cartons de livres et de 33 tours. Peter Coffin, replié dans un fauteuil, se lance dans l’explication détaillée de tout ce qu’il a fait au cours de sa carrière artistique mais aussi de quelques projets. Il jongle avec les sujets, séquençage génétique, physique contemporaine, musique et théorie du langage. S’il veut bien qu’on le range dans la catégorie « sculpteur », ses créations prennent les formes les plus diverses, évoluant bien souvent en fonction du cadre où elles sont exposées et du public qui s’en approche.
Une de ses oeuvres exposée au Palais de Tokyo, intitulé "Musique pour plantes vertes" comporte une serre installée dans l’espace d’exposition, structure provisoire en bois dotée de vitres en poly-carbonate et abritant de vraies plantes. Guitare, amplis et micros y sont installés, mis à la disposition des musiciens pour jouer de la musique aux plantes. Citons, parmi les artistes qui se sont prêtés au jeu dans différents musées, Liam Gillick, Jutta Koether, Alan Licht & Tom Verlaine, Arto Lindsay, Black Dice et Christian Marclay.
Dans "Untitled (Tree Pants)", Peter Coffin travaille en fonction du site, une forêt suédoise en l’occurrence, dans lequel il intègre son installation. Il a d’abord envisagé de faire « chanter » les arbres en captant les signaux électriques qu’ils émettent afin de transposer ceux-ci en sons. Puis il a choisi de couper des jeans sur mesure pour les troncs, en les retournant pour que l’entrejambe s’adapte à une fourche. Ces interventions rendent les arbres plus humains mais sans jouer la carte de l’anthropomorphisme : il s’agit plutôt d’un dialogue détourné entre l’humain et le végétal.
"Untitled (Rainbow)" se compose de photos couleur de paysages, glanées ça et là : chacune s’orne d’un arc-en-ciel dont les extrémités rejoignent celles des arcsen- ciel figurant sur les images voisines, le tout formant au mur une vaste spirale. Une géométrie merveilleusement rigoureuse naît ainsi de phénomènes naturels observés puis fixés sur la pellicule par hasard. Les lieux varient mais la trajectoire, unique, demeure la même, oublieuse des différences culturelles. On pense par exemple aux proportions divines et au nombre d’or de la Renaissance, à la suite arithmétique de Fibonacci ou aux compositions photographiques d’une grande figure de l’art conceptuel, le Californien John Baldessari.
John Zinsser
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