Communiqué de presse
Allora & Calzadilla, Fayçal Baghriche, Jean-Baptiste Bayle, Julien Berthier, Matthieu Clainchard, Wim Delvoye, Johanna Fournier, Leopold Kessler, Matthieu Laurette, Seulgi Lee, Cildo Meireles, Jean-Luc Moulène, Anthony Peskine, Frédéric Pradeau, Julien Prévieux, Santiago Sierra, Wolf von Kries et Carey Young
Mieux vaut être un virus que tomber malade
"There is no alternative", Margaret Thatcher, 1980.
"Désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit", Nicolas Sarkozy, 2008.
En référence au mot d’esprit de Wim Delvoye, l’exposition "Mieux vaut être un virus que tomber malade" s’intéresse aux modes de résistance et pose la question des alternatives possibles aujourd’hui.
À l’heure où l’hypercapitalisme semble être le seul système économique envisageable, l’engagement politique des artistes contemporains se différencie des démarches activistes des années 70 : moins marqué, moins frontal, leur positionnement critique est plus difficile à cerner.
Utilisant des stratégies d’infiltration, les artistes réunis pour l’exposition opèrent dans le quotidien et imaginent autant des objets que des situations visant à améliorer le monde ou à le révéler.
En dépassant le monde de l’art, les oeuvres se mélangent au réseau social et économique et agissent directement sur le réel. Sans prétendre apporter de solution, ces oeuvres fonctionnent par dérèglement, déstabilisation ou court-circuitage. Très présent, l’humour est utilisé comme un outil critique au service d’une intention néanmoins très sérieuse.
À la fin de ses études, l’artiste Julien Prévieux cherche du travail : il épluche les petites annonces et rédige des lettres de motivation. Déçu de recevoir sans cesse des réponses négatives sous forme de lettres types, il décide d’envoyer des lettres de "non-motivation" dans lesquelles il argumente les raisons qui le poussent à décliner les offres d’emploi.
Huit ans plus tard, Prévieux détient une collection de mille lettres dont un ensemble vient d’être publié. Ironie du sort : son livre se retrouve vendu dans certaines librairies au rayon des ouvrages d’aide à la rédaction de lettres de motivation. Non identifiées en tant qu’oeuvres, les lettres de "non-motivation" agissent véritablement comme un virus et proposent une alternative au langage formaté du marché de l’emploi.
Expert en infiltration, Matthieu Laurette s’immisce dans plusieurs émissions de télévision en ne dévoilant pas son statut d’artiste. Poussant la logique médiatique et capitaliste jusqu’au bout, l’artiste a aussi largement diffusé sa méthode pour "manger remboursés".
De la même manière, Wim Delvoye crée en 2004 une obligation avec les étrons de "Cloaca", sa célèbre machine reproduisant le système digestif humain. À l’aide de ses avocats, l’artiste a mis plusieurs années avant de convaincre la chambre bancaire belge de valider la capitalisation d’une entreprise basée sur la valeur des merdes.
Cildo Meireles utilise également les infrastructures économiques pour faire passer son message : l’artiste achète des bouteilles de coca-cola pour les marquer du slogan "Yankees go home!" puis les réinsère dans les supermarchés brésiliens.
Adoptant la même stratégie du grain de sable, Frédéric Pradeau affiche en plein coeur du quartier chinois de Belleville la loi des 35 heures traduite en chinois.
C’est aussi dans l’espace public qu’Anthony Peskine opère en collant des affiches sur lesquelles sont inscrits les mots "OU PAS" à la fin de phrases déclaratives telles que "ensemble tout devient possible" figurant sur des panneaux publicitaires. En se plaçant du côté de l’énonciateur, l’artiste, avec ces deux simples mots, met en doute la rhétorique commerciale.
Julien Prévieux retourne également la balle à l’envoyeur à la manière du boomerang de Wolf Von Kries en recueillant les empreintes de Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur en pleine campagne de renforcement des moyens de contrôle.
L’utopie peut parfois activer cette confrontation au réel : Julien Berthier imagine le véhicule "Parasite" un moyen de transport alternatif. Pour se déplacer, il faut se greffer à l’arrière d’une voiture ou se brancher à une prise électrique mais dans les deux cas négocier avec le conducteur ou le propriétaire de la prise.
Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla créent un moyen d’expression collectif en