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INTERVIEW
Emmanuel Perrotin



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Mariko-Mori-<i>Connected-World<-i>-2003-Video-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris-©-paris-artcom

Guy-Limone-<i>Je-compte-sur-vous<-I>-2002-2003-Installation-Ligne-de-2146-figurines-jaunes-Long-11-m-;-ligne-de-figurines-roses-long-evolutive-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris-©-paris-artcom

Bernard-Frize-<i>Usine<-i>-2005-Acrylique-et-resine-sur-toile-150-x-150-cm-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

Patrick-Tosani-<i>Regard-II<-i>-2001-Photo-couleur-C-print-bois-123-x-154-cm-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

Tony-Matelli-Fucked-2005-Polyester-mousse-peinture-55-x-21-x-20-cm-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

Giuseppe-Gabellone-<i>I-Giapponesi<-i>-2003-Mousse-de-polyurethane-rigide-235-x-100-x-62-cm-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

  
était sans galerie depuis sept ans, Bernard Frize était lui aussi libre, Patrick Tosani était son meilleur ami et on savait tous que Durand-Dessert allait arrêter prochainement. Non, je n’ai jamais débauché d’artiste, par contre j’en ai perdus. Beaucoup de mes premiers artistes ne sont pas restés et ont été absorbés par d’autres. A l’époque je ne pouvais pas leur proposer les services d’un galeriste classique, je débutais et j’essuyais les plâtres. J’en ai perdu plein : Pierrick Sorin, Philippe
Parreno, Pierre Joseph, Dominique Gonzalez-Foerster... J’aurais pu avoir plus d’artistes de ma génération s’ils avaient été plus patients.

Quel est ton rôle dans la réalisation des œuvres? Viens-tu te substituer aux artistes ? Je pense à Vingt ans Après (2001), la pièce qui faisait écho à la Filature de Sophie Calle réalisée en 1981.
Il y a peu d’artistes que tu peux aider directement. Les peintres sont confrontés à leur solitude, à leur travail d’atelier. A l’inverse, tu peux contribuer à aider ceux qui montent des projets.

Comment as-tu commencé à travailler avec Sophie Calle ?
Le plus simplement du monde, j’ai lu que la Filature avait été réalisée le 16 avril 1981. Elle avait engagé — par l’entremise de sa mère — un détective privée pour la suivre une journée. Je me suis dis qu’il était possible de faire la même œuvre vingt ans après. Quelques jours avant la date fatidique, je lui ai téléphoné pour lui dire que j’avais engagé le même privé pour la suivre. Elle devait partir en Espagne et cela posait des problèmes matériels pour la filature, je lui ai demandé de retarder son départ. La prévenir ne posait pas de problème car dans la première mouture elle était au courant de la présence de son suiveur. Elle accepte la proposition tout en me mettant en garde, si dans la journée il ne se passe rien, l’œuvre ne pourra pas se faire. Elle prend note du dispositif et organise sa journée en conséquence. Plus tard, elle me rappele en m’invitant au restaurant le jour J. C’est durant ce déjeuner, que nous saviant épiés, elle a décidé de rejoindre la galerie. C’était une réussite car à l’époque elle était sollicité par les plus grandes galeries, et ce n’était pas une mince affaire que de la faire venir. Vingt ans après est une pièce chère à mon cœur, car avec des amis nous avions décidés, quand nous étions adolescents, de nous poster à la terrasse du café de Saint-Sulpice, à l’endroit même où Perec, vingt ans plus tôt, avait décrit la place dans Je me souviens.

La galerie n’a pas assez de succès critique à ton goût ?
Je suis peut-être parano mais j’ai toujours le sentiment de ne pas intéresser la presse spécialisée. Les premiers à me faire part de leurs étonnement sont les artistes étrangers. Ils ne comprennent pas cette absence d’articles de fond sur les expositions. Dans les autres pays, il y a beaucoup plus d’échos. Mes artistes ont beau être estimés, j’ai l’impression que le fait d’exposer chez moi les met à l’index. Heureusement, aujourd’hui, les choses changent et je travaille de plus en plus avec les critiques, je prends le temps de leur parler pour casser l’image négative qu’ils peuvent avoir de la galerie. L’incompréhension est en train de s’estomper et je pense que très prochainement les choses vont aller de l’avant. Le prochain challenge de la galerie sera d’obtenir des bonnes critiques pour les expos. Je ne parle pas ici des artistes qui sont bien traités par les médias, non, je parle de la perception qu’ont certains médias français de notre galerie.

Certains artistes de tes artistes sont classés entertainement, ça te dérange ?
On a souvent catalogué la galerie, elle a été taxée de galerie du sexe, d’être une succursale manga à cause des artistes japonais que je représente comme Murakami. Mes goûts artistiques sont éclectiques, j’apprécie autant les artistes jouisseurs que ceux qui proposent des formes moins accessibles. Les premiers paraissent moins intellos que les seconds, et alors ? Ce qu’ils font est peut-être beaucoup plus difficile ? Je suis contre la prime à l’austérité. Il est très facile d’accorder de l’importance et de la critique au pathos. Appréhender ces artistes sous l’angle de l’entertainement est à la fois péjoratif et incorrect. L’imagerie enfantine qu’ils investissent n’est pas moins importante que d’autres formes artistiques. Ensuite, il ne faut pas s’arrêter sur les apparences. J’entends très peu de personnes me parler de la noirceur qui colle à cette peinture rose bonbon. En arrière fond, il y a un contexte social brossé à l’acide. Aya Takano nous explique le rôle de la femme japonaise dans cette société hyper-machiste qui est la sienne. C’est dommage que cette imagerie occulte toute cette part d’ombre. Les œuvres de Mr. sont très dérangeantes, il aborde la pédophilie d’une manière que l’on a pas encore très bien sous-pesée.

J’ai l’impression que dans ta situation tu ne cherches pas de très jeunes artistes, tu te concentres beaucoup plus sur des personnes qui promettent, je pense par exemple à Piotr Uklanski.
Pourquoi devrais-je me priver de miser sur eux ? Pourquoi devrais-je m’interdire de travailler avec des artistes qui sont déjà lancés ? Si je n’avais pas pris Piotr, cela aurait été une erreur grave. Il est sur une voie royale pour être mon prochain Cattelan. C’est clair. C’est en train d’arriver, cela fait trois ans que l’on travaille pour ça. Pour une fois, on est arrivé avec lui à avoir un retour presse. Le Figaro (pas encore), Libération et Le Monde lui ont consacré des articles de fond et c’est à cela que tu t’aperçois que les choses changent. Avec les premiers artistes j’ai pu amener un travail en profondeur. Les collaborations du début ont pu sceller des projets à long terme. Maintenant, je travaille avec des artistes qui ont déjà une expérience, mon rôle n’est plus le même. Avec Bernard Frize ou

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