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INTERVIEW
Wim Delvoye

Avec une ferme délocalisée en Chine dédiée au tatouage de marcassins, Wim Delvoye interroge la marchandisation des œuvres d’art dans un contexte mondialisé. Sa prochaine réalisation sera une chapelle en acier oxydable, ornée de vitraux scatologiques et pornographiques. La galerie Perrotin en présente la maquette imposante ainsi que cinq cochons empaillés, tatoués de dessins Walt Disney. Jouant à fond le jeu de la transparence, Wim Delvoye répond très librement à nos questions.


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Wim-Delvoye-<i>Crucifixion<-i>-2003-Crayon-aquarelle-109-7-x-73-4-cm-Courtesy-galerie-Nathalie-Obadia-Paris

Wim-Delvoye-<i>May<-i>-2000-2001-Radiographie-acier-plomb-verre-metal-244-x-104-cm-Courtesy-galerie-Nathalie-Obadia-Paris

Wim-Delvoye-<i>Rex<-i>-2006-Stuffed-tattooed-pig-70-x-113-x-70-cm-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

Wim-Delvoye-<i>Arielle<-i>-2006-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

Quentin-Douaire-<i>Portrait-de-Wim-Delvoye<-i>-2007-Copyright-Quentin-Douaire

Quentin-Douaire-<i>Portrait-de-Wim-Delvoye<-i>-2007-Copyright-Quentin-Douaire

Wim-Delvoye-<i>Lourdes<-i>-1985-Crayon-crayon-de-couleur-marqueur-29-5-x-21-cm-Courtesy-galerie-Nathalie-Obadia-Paris

Wim-Delvoye-<i>Superman<-i>-2001-Crayon-crayon-de-couleur-109-7-x-73-4-cm-Courtesy-galerie-Nathalie-Obadia-Paris

Wim-Delvoye-<i>Kiss<-i>-2001-Photo-cibachrome-sur-aluminium-125-x-100-cm-Courtesy-galerie-Nathalie-Obadia-Paris

  
Par Pierre-Évariste Douaire

Pierre-Évariste Douaire. Vous voilà avec une grosse exposition à Paris, vous pouvez nous en parler?
Wim Delvoye. Il fallait présenter de nouvelles pièces et surprendre les spectateurs. La maquette de la chapelle est un projet sur lequel je travaille depuis trois ans déjà. C’est heureux de pouvoir la présenter au public. Dès le départ Emmanuel Perrotin m’a encouragé pour faire aboutir le projet. Il a d’emblée été enthousiasmé par l’idée. Cette maque
te est le pendant de la salle des cochons. Ces deux présentations laissent la part belle à l’imagination. Elles balisent un parcours qui permet de lire entre les lignes de mon travail.

La chapelle et les cochons, ce sont vos préoccupations du moment?
Je travaille toujours dans plusieurs directions différentes. Ce type d’installation se mêle à mes dessins, à la Farm Art en Chine, à des bronzes. Tout se mélange toujours. Je ne suis pas comme Picasso avec ses périodes bleues et roses. J’ai toujours sur le feu sept ou huit projets en même temps.

Disposer de salles de grandes dimensions, cela vous motive pour exposer à Paris?
Le lieu se prêtait à mon idée de départ. Il y avait un volume que j’avais envie d’exploiter. C’est toujours difficile de relever le défi que représente une grande sculpture, mais j’aime ce type de challenge, d’autant plus qu’il se révèle payant quand c’est réussi. Mais plus qu’un lieu j’ai trouvé ici un climat favorable et bienveillant pour accueillir mon travail. La salle où sont projetées les vidéos est un jolie cadeau que l’on m’offre, car je sais pertinemment qu’elles ne seront pas vendues. C’est en connaissance de cause que l’on m’a laissé faire. La vente n’est la finalité de la galerie, c’est ce que j’aime ici. C’est d’autant moins de pression à gérer.

C’est rare de voir des grandes pièces de vous, il faut généralement se déplacer dans les musées.
J’aime bien travailler sur des petits espaces aussi. C’est moins de travail à fournir. (Rires).

Les vitraux qui ornent votre chapelle sont nouveaux ou des anciens?
Ils existaient avant... Vous ne semblez pas le savoir, mais cette chapelle est en train de se faire. Un collectionneur me l’a commandée, il était auparavant propriétaire des douze vitraux qui vont agrémenter l’église. L’implantation se fera dans la campagne d’Anvers. La flèche de l’édifice culminera à 26 mètres du sol. La chapelle sera plus grande qu’une grosse maison.

Comment est née cette idée folle?
C’est moi qui ai proposé le projet au collectionneur. J’ai fait en sorte qu’il pense que l’idée était de lui.

Cette chapelle sera ouverte au public?
Oui, le collectionneur veut recevoir des invités.

Les seules œuvres à l’intérieur seront les vitraux?
Oui, mais s’il veut je peux encore faire des petites sculptures. Il y a encore beaucoup de travail. Cette maquette n’est que l’ébauche du résultat futur. Il reste des finitions à apporter.

Que voulez-vous obtenir comme résultat?
Le meilleur. Je veux faire la plus belle chapelle possible.

Vous allez vraiment la réaliser en métal?
En acier pour être précis. Un acier spécial, très rouge, qui a tendance à s’oxyder rapidement. Un effet rouille apparaîtra très rapidement, c’est l’effet que je recherche.

C’est important de visualiser la dégradation dans cette œuvre?
Pas trop, mais c’est important qu’elle y soit. La couleur rouille est une couleur qui se prête bien à l’extérieur. Le temps va jouer avec cet élément. Les coulures, le suintement, toute cette dégoulinure va s’inviter dans la composition.

Vous avez tendance, dans vos transformations, à fragiliser les objets que vous détournez.
Le fort et le fragile est un couple qui fonctionne au même titre que le féminin et le masculin, l’intérieur et l’extérieur, le haut et le bas, ce sont des dichotomies.

Oui, mais vous fragilisez systématiquement les objets que vous utilisez?
Très souvent.

Dans Marble Floor, un sol de marbre, élément durable, est remplacé par de la cochonnaille. La transformation est ici chez vous synonyme de destruction?
Marble Floor a été photographié. Il en reste une trace.

Le tatouage est aussi au centre de votre pratique, depuis le début, dès que vous avez commencé à graver des montagnes.
Les messages sur les falaises sont des messages très intimes. Ce sont des mots personnels échangés par un couple au milieu d’un site très touristique. Ce qui est domestique est tout d’un coup révélé aux yeux du plus grand nombre. Ce qui était murmuré est crié sur tous les toits. Le spectateur devient voyeur, il lit des phrases qui ne lui sont pas destinées. Il n’est pas le destinataire de ces messages et pourtant il capte cela en plein milieu d’un environnement complètement irréel, absurde. Les phrases sont écrites en anglais, car le message est plus efficace et plus concis.

Comment réalisez-vous ce travail?
Sur ordinateur, avec Photoshop.

C’est vous qui prenez les photos?
Oui, quelquefois. J’en commande aussi certaines, en haute définition, à des photographes et je les choisis après.

Vous présentez de nombreux dessins…
Je ne dessine pas trop, les dessins exposés sont la production d’un seul hiver. Ce n’est vraiment pas beaucoup, mais je le fais pour montrer de nouvelles choses. Je dessine car j’y suis obligé. Cette pratique me sert à trouver des motifs pour tatouer ensuite les cochons. A force de dessiner, des idées nouvelles me viennent à l’esprit. Le but est de tuer des cochons. Là ce sont juste des croquis.

C’est important de tatouer des cochons?
Évidemment. Ce qui est intéressant, c’est de tatouer de petits dessins sur les marcassins et d’attendre qu’ils grandissent pour avoir un plus

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