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AGENDA | PHOTO
Éric Aupol
Clairvaux
18 juin - 14 sept. 2008
Paris. Maison européenne de la photo
Eric Aupol choisit l'univers carcéral de Clairvaux - abbaye-prison - comme base de réflexion sur les souffrances du corps, l'isolement, l'aliénation et le caractère indélébile de l'enfermement. La peau de l'homme y est autant marquée que la pierre des murs.


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Communiqué de presse
Eric Aupol
Clairvaux

"De 2001 à 2002, j’ai animé un atelier de création photographique avec les détenus “longues peines” de la Centrale de Clairvaux. Parallèlement, je photographie l’ancienne détention, abbaye cistercienne en ruine, où les murs lépreux révèlent la mémoire douloureuse de ceux et celles qui y vécurent, enfermés, emmurés dans cette bâtisse glaciale, sans horizon, sans repentir.

Clairvaux: l’une des prisons les plus sinistres et dures d’Europe me disait-on, rendue célèbre par “l’affaire” Buffet/Bontemps, et le réquisitoire magnifique de Robert Badinter contre la peine de mort.

Clairvaux, où fut enfermé un certain Jean Genet, qui y rédigea le “Journal d’un voleur”.

Clairvaux, village de l’est de la France, au ciel triste et lourd. Les plus vieux des détenus me disent que rapidement, la vue se brouille car l’oeil ne peut jamais plus fixer le lointain. Une architecture faite pour réduire l’espace, pour violenter la vision. Pour laisser, à tout jamais, des séquelles sur le corps. Pour qu’une empreinte indélébile marque la mémoire des hommes.

Au bout de quelques mois de travail, T.C, en Centrale depuis de nombreuses années, figure de la lutte pour les droits des détenus, accepte de poser pour moi. Aux murs marqués de la prison, je souhaite évoquer ce rapport particulier à soi, au corps qui, chez T. s’offre comme un palimpseste. Tatouages inscrits à même la chair, marques d’une mise au banc de la société, la peau de l’homme rappelle celle des lieux. La surface inscrite, comme un récit d’une vie entière de révolte, d’insoumission, de fierté d’être encore debout et vivant, me renvoie à ces murs de l’abbaye-prison, où le passage de chaque homme, de chaque seconde écoulée s’inscrit dans la chair de la pierre.

Quelques années après, en cherchant des nouvelles de T., j’apprends qu’il s’est suicidé peu de temps après sa sortie de prison.
Au dela d’un hommage, c’est une matérialité que je souhaite aujourd’hui montrer. Corps de chair et corps de pierre, inscrits dans la violence de la mémoire, de l’existence, marqués à jamais dans la pénombre.

Aujourd’hui plus que jamais, où l’enfermement et l’humiliation semblent être les seuls recours du pouvoir face à la différence, où chaque victime devient prétexte à un nouveau projet liberticide, je souhaite simplement me souvenir de ce que peut être une certaine réalité carcérale, lorsque l’espace se trouble, que la mémoire devient le seul rempart contre les souffrances présentes.

Car on souffre en prison, plus que partout ailleurs. Le fait d’être Homme doit être défendu chaque jour face à la violence, physique et mentale, que l’on fait subir aux détenus. Rester debout, vivant, mettre sa vie en perspective est pour chaque détenu un combat de tous les jours. Le réel s’abstrait du quotidien, et la force intérieure devient force de survie (25, 30 ans d’enfermement...)

C’est en pensant à T., à nos discussions, à son humanisme absolu et sans compromis que j’écris ces lignes. Une “longue peine” comme les autres, que j’ai un jour croisé, dans l’énergie de sa révolte."
Eric Aupol

Le commissariat de cette exposition est assuré conjoitement par Didier Kahn Sriber et Jean-Luc Monterosso

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