DANSE | SPECTACLE

Submission

24 Jan - 26 Jan 2019

Avec Submission, le chorégraphe  Adi Boutrous livre un double duo aussi intimiste qu’énergique. Deux hommes et deux femmes dansent ensemble. Ils se portent, se retiennent, se gênent, se soutiennent... Déroulant deux corps à corps chaleureux et vivants, pour conjurer l'hiver.

Avec Submission (2018), Adi Boutrous livre une pièce pour quatre interprètes — lui-même, Avshalom Latucha, Anat Vaadia, Stav Struz. Chorégraphe de la dynamique des relations, Submission se structure en deux duos. L’un masculin, l’autre féminin. Scène dépouillée, danseurs habillés très simplement : toute l’attention se concentre sur les rapports des danseurs entre eux. Dans la pièce It’s Always Here (2016) déjà, un duo masculin explorait la force des liens. Entre agressivité, lutte, attraction, soutien. Ainsi que les questions de genre : la définition du masculin, du féminin et les limites de ces catégories. Danse sous tension, Submission poursuit l’interrogation de l’identité comme de l’altérité. Avec des corps qui se portent, s’entravent, s’enchevêtrent, se repoussent et se reviennent. Mais avec la résignation comme mode d’action. Une résignation qui façonne les corps comme les échanges.

Submission d’Adi Boutrous : un double duo masculin-masculin, féminin-féminin

Dépouillant la pièce au maximum, Adi Boutrous ne garde que l’essentiel : la chair des relations. Dominant, dominé… Adi Boutrous creuse les dichotomies fatiguées pour mieux leur rendre une épaisseur. À savoir ce qu’il y a de vivant, de trouble et de grouillant entre les catégories bien nettes. Dans un duo homme-femme, la tradition veut que l’homme porte la femme. Et quand la femme porte l’homme, elle le fait peut-être un peu trop souvent pour contredire la tradition. Dans un duo homme-homme, femme-femme : qui porte qui, quand, à quel moment, pourquoi ? Est-ce porter pour soutenir, ou porter pour arracher, enlever ? Quand un corps s’agrippe à un autre, au point de l’entraver, est-ce pour l’empêcher de fuir, ou pour le protéger ? Et quand un corps se soumet à cette pression : est-ce un abandon salvateur, ou une reddition, une débâcle ? Toute une poétique du geste qu’explore Submission.

La danse pour explorer la force des liens humains, entre identité et altérité

Également DJ, Adi Boutrous signe la composition sonore. Un mix réunissant des musiques de Francisco Lopez (ambiant, noise), Prince Conley (soul), Entrance (pop, folk rock), Graham Lambkin (électro), Georgete Da Mocidade (samba brésilienne)… Autant de morceaux choisis, ayant en commun une vibration singulière, une énergie intimiste. C’est déjà avec Avshalom Latucha qu’Adi Boutrous dansait le duo It’s Always Here. La complicité et la connaissance mutuelle des quatre danseurs donnent ainsi à la danse sa texture vivante. Pour une exploration en mouvement de ce qui fait et défait les identités ‘homme’, ‘femme’. Et des comportements qui évoquent, ou non, la domination comme la soumission. Dans l’enchaînement des mouvements, des pas, des portés. Comme si la danse et la performance servaient ici de loupe grossissante, pour mieux pénétrer dans l’inframince des relations quotidiennes. Poétique de l’entrelacs, Submission plonge ainsi dans la chair des liens humains, de l’antagonisme à la complicité.